
Une étude menée à Clermont-Ferrand révèle que plusieurs fromages au lait cru d’Auvergne, et particulièrement le saint-nectaire, pourraient favoriser un vieillissement en meilleure santé (© GCI).
Pendant longtemps, le fromage a surtout été montré du doigt pour sa teneur en matières grasses ou en sel. Et si l’on s’était trompé ? Une équipe de chercheurs de VetAgro Sup Clermont-Ferrand vient de publier des résultats qui redonnent ses lettres de noblesse à l’un des fleurons de la gastronomie auvergnate : le fromage au lait cru, avec un saint-nectaire qui décroche la première place du podium.
Menée depuis 2018 par onze scientifiques, cette étude s’est intéressée à huit fromages au lait cru, dont plusieurs emblématiques d’Auvergne : saint-nectaire, Cantal ou encore Bleu d’Auvergne. Verdict ? Tous présentent des effets positifs sur le vieillissement, mais le saint-nectaire se distingue nettement.
Une longévité augmentée
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont travaillé sur des nématodes, de minuscules vers dont les mécanismes cellulaires sont proches de ceux de l’être humain. Un modèle largement utilisé en recherche sur le vieillissement.
Les résultats ont surpris jusqu’aux scientifiques eux-mêmes. La longévité des organismes étudiés a augmenté jusqu’à 77 % selon les fromages testés. Mieux encore, les animaux ayant reçu certains fromages ont conservé une meilleure mobilité et une masse musculaire plus importante au fil du temps.
« Le fromage est avant tout un aliment fermenté, rappelle Laurent Rios, enseignant-chercheur en biotechnologies et sciences des aliments à VetAgro Sup. On parle beaucoup aujourd’hui du kéfir ou du kombucha, mais on oublie souvent que le fromage fait partie des aliments fermentés les plus riches et les plus anciens de notre alimentation. ». Selon le chercheur, le saint-nectaire « fait systématiquement partie des meilleurs résultats » parmi les fromages étudiés.
Un trésor auvergnat qui intéresse la science
Les bénéfices observés ne s’arrêtent pas à la longévité. Les chercheurs ont également mis en évidence une réduction pouvant atteindre 80 % du stress oxydatif, un phénomène impliqué dans le vieillissement des cellules.
Autre résultat encourageant : la mobilité progresse jusqu’à 35 %, voire près de 50 % aux âges les plus avancés, tandis que les fibres musculaires restent davantage préservées. Des essais réalisés sur des cellules humaines montrent également une diminution de certains marqueurs liés à l’inflammation et à la dégradation du cartilage, ouvrant des perspectives dans la compréhension de maladies comme l’arthrose.
Pour autant, les scientifiques restent prudents. « Il ne s’agit pas de dire que le fromage est un médicament », insiste Laurent Rios. « C’est un aliment plaisir qui peut contribuer à une meilleure santé, à condition d’être consommé avec modération et dans le cadre d’une alimentation équilibrée. »
Ces travaux devront désormais être confirmés par des études menées directement chez l’Homme. Mais ils offrent déjà un formidable coup de projecteur sur les savoir-faire auvergnats.
Pour les producteurs de saint-nectaire, de Cantal ou de Bleu d’Auvergne, cette étude apporte aussi un argument inattendu : derrière le plaisir de la dégustation se cache peut-être un véritable allié du bien vieillir. Une bonne raison, s’il en fallait encore une, de continuer à défendre les fromages d’Auvergne… avec modération, bien sûr.
Geneviève Colonna d’Istria




















