
À Puycapel, au cœur du sud Cantal, Interscience vient d’inaugurer une nouvelle extension de son usine. Un investissement de 12 M€ qui rend compatible ruralité et réussite industrielle (Photo ©Interscience).
À première vue, rien ne distingue Puycapel des autres villages qui ponctuent les paysages du sud Cantal. À peine 800 habitants, des prairies à perte de vue et les premiers reliefs de la Châtaigneraie. Pourtant, derrière cette carte postale rurale se cache l’une des entreprises industrielles les plus discrètes et les plus internationales d’Auvergne.
Le fabricant d’équipements de laboratoire Interscience vient d’inaugurer une extension de son usine, fruit d’un investissement de 12 millions d’euros. Deux nouveaux bâtiments de 1 600 m² chacun viennent s’ajouter aux 6 000 m² existants. Un entrepôt logistique d’un côté, une nouvelle unité de production de sacs-filtres techniques de l’autre. Au total, 10 millions d’euros ont été consacrés à l’immobilier et 2 millions aux équipements industriels.
« Il faut investir sur le long terme pour pouvoir fabriquer correctement », résume Emmanuel Jalenques, président de l’entreprise familiale.
Cette nouvelle étape illustre une trajectoire peu commune : celle d’une société de haute technologie qui a choisi de grandir loin des métropoles, sans jamais remettre en cause son ancrage cantalien.
L’usine à la campagne qui défie les clichés
Dans un monde où l’innovation se concentre souvent autour des grandes villes, Interscience fait figure d’exception. Depuis Puycapel, l’entreprise fabrique des instruments de microbiologie utilisés dans les laboratoires du monde entier : systèmes de préparation d’échantillons, compteurs automatiques de colonies bactériennes, équipements intégrant robotique et intelligence artificielle.
« C’est vrai qu’on nous demande souvent comment on fait pour recruter ici », sourit Emmanuel Jalenques. « Mais nous recrutons à Shanghai, à Boston, à Singapour et c’est difficile partout. Ce n’est pas plus compliqué à Puycapel qu’à Boston, pour être franc. »
Sur les 100 salariés du site cantalien, une quarantaine sont ingénieurs ou techniciens. L’entreprise emploie également plusieurs docteurs et attire des profils venus de toute la France, voire de l’étranger.
« Quand on cherche des niveaux d’études élevés, une partie des recrutements vient de l’extérieur du Cantal. Mais les gens s’installent, prennent racine. Ils ne savent pas toujours où ils mettent les pieds en arrivant, mais quand il faut repartir, il n’y a plus personne. »
Le nouveau bâtiment de production a d’ailleurs été pensé autant pour la performance industrielle que pour le bien-être des équipes. Entièrement construit en bois et équipé de panneaux photovoltaïques, il offre davantage d’espace, une meilleure isolation phonique et des conditions de travail modernisées. « On a beaucoup travaillé sur le confort des salariés et sur la productivité », souligne le dirigeant.
Une aventure familiale sur trois générations
L’histoire d’Interscience est aussi celle d’une famille. L’entreprise a été fondée en 1979 par François Jalenques, décédé en 2012. Après avoir démarré dans plusieurs granges réaménagées, son fondateur implante sa première usine dans le Cantal en 1994. Un véritable site industriel sort de terre en 2001, agrandi une première fois en 2013.
Depuis, la relève est assurée par ses enfants. Aujourd’hui, quatre des six frères et sœurs participent à l’aventure. Emmanuel pilote l’entreprise avec son frère Jules. Leurs sœurs Suzanne et Amélie y travaillent également, tandis que leur mère continue d’accompagner le développement de la filiale japonaise.
Une transmission familiale réussie qui permet à l’entreprise de rester indépendante tout en poursuivant sa croissance internationale.
Depuis le Cantal vers 130 pays
Le plus spectaculaire reste sans doute l’empreinte internationale du groupe. Depuis ce coin reculé d’Auvergne, Interscience exporte 85 % de sa production dans 130 pays. L’entreprise dispose de filiales aux États-Unis, en Chine, au Japon, à Singapour ou encore en Allemagne. « Nos deux grandes forces restent la R&D et l’export. »
Malgré un contexte mondial plus tendu depuis 2023, le groupe continue d’investir et de se développer. Les effectifs du site sont passés de 70 à 100 salariés en cinq ans et l’objectif reste de maintenir une croissance comprise entre 5 % et 10 % par an.
« On est content de pouvoir continuer à investir dans le Cantal », insiste Emmanuel Jalenques. « C’est important pour l’emploi. Dans beaucoup de petites communes, les jeunes partent faute de travail. Nous, on apporte des emplois qualifiés et de la vie sur le territoire. »
Une success story industrielle qui rappelle que l’innovation n’a pas forcément besoin d’une adresse dans une grande métropole pour rayonner dans le monde entier.









