
À quelques kilomètres du Puy-en-Velay, l’entreprise Gagne accélère son développement avec un investissement majeur de 9 millions d’euros. Un pari industriel ambitieux porté depuis la campagne altiligérienne, où savoir-faire, fidélité des équipes et vision long terme construisent l’avenir. (© Gagne)
Dans le paysage industriel auvergnat, certains champions avancent sans bruit. Implantée en Haute-Loire depuis plus de soixante ans, l’entreprise Gagne fait partie de ces acteurs qui façonnent le territoire autant qu’ils construisent des ouvrages. Avec un investissement de 9 millions d’euros sur son site de Taulhac, près du Puy-en-Velay, le spécialiste de la construction métallique ouvre une nouvelle page de son histoire.
L’opération est d’ampleur : un nouveau hall de production de 4 500 m², une réserve foncière de 13 000 m² dédiée au stockage et un site industriel porté à 18 000 m². Derrière ces chiffres, une ambition claire : changer de dimension.
« Cet investissement, c’est seulement la partie visible d’un projet de développement engagé depuis plusieurs années », explique Pierre Raymond, directeur général de Gagne. « Notre objectif est d’augmenter notre capacité à fabriquer des pièces de très grandes dimensions, jusqu’à 70 tonnes et 40 mètres de long. »
Les ouvrages d’art et le nucléaire
Un changement stratégique pour ce qui est aujourd’hui le plus important charpentier métallique d’Auvergne-Rhône-Alpes. Avec 240 salariés, 60 millions d’euros de chiffre d’affaires et 12 000 tonnes de charpentes produites chaque année, Gagne est devenu un acteur national capable d’intervenir sur des projets complexes partout en France.
Ponts, passerelles, viaducs, bâtiments industriels, parkings aériens, équipements tertiaires : le terrain de jeu du groupe s’est considérablement élargi depuis sa création en 1963 par les frères Paul et Roger Gagne.
« Il y a quelques années, notre activité était davantage orientée vers les centres commerciaux ou les salles de spectacle. Aujourd’hui, l’industrie lourde prend une place considérable dans notre développement », souligne Pierre Raymond.
Le nouvel outil industriel doit justement permettre d’accélérer sur deux marchés stratégiques : les ouvrages d’art et le nucléaire. Sur le premier segment, les résultats sont déjà visibles.
« Nous réalisions environ 10 millions d’euros d’activité dans les ouvrages d’art. Cette année, nous sommes passés à 20 millions. L’investissement accompagne cette montée en puissance », détaille le dirigeant.
Une trentaine de recrutements
Le nucléaire constitue l’autre horizon de croissance. Déjà présent sur certaines réalisations, Gagne souhaite désormais monter en gamme. L’entreprise prépare actuellement l’obtention de la certification ISO 19443, indispensable pour renforcer son positionnement dans la filière.
L’entreprise participe déjà à un marché lié aux trois futurs EPR français. Un contrat majeur.
« Nous avons remporté un marché de 61 millions d’euros sur une dizaine d’années pour fournir des ensembles mécano-soudés destinés aux centrales. Cela confirme que nous avons les compétences techniques et les process nécessaires », explique Pierre Raymond.
Avant même l’extension du site, l’entreprise avait anticipé ses besoins humains. Les recrutements ont commencé dès 2023.
Le développement du site s’accompagne d’ailleurs d’une trentaine de recrutements progressifs dans les bureaux d’études, les ateliers et les équipes travaux.
« Une entreprise à la campagne »
Mais derrière les investissements, les certifications et les grands projets, le dirigeant insiste sur un autre facteur de réussite : l’ancrage territorial. « Gagne est profondément enracinée dans son territoire. C’est une entreprise à la campagne. Être implantés en milieu rural nous pousse à travailler sur le temps long. » Cette culture industrielle locale constitue même, selon lui, un avantage concurrentiel. « Nous avons des collaborateurs fidèles, investis, attachés à leur entreprise. Ça fait une vraie différence. »
Arrivé chez Gagne il y a trente ans avant d’en prendre la direction en 2010, Pierre Raymond regarde la suite avec prudence mais confiance. « On voit aujourd’hui énormément de projets industriels émerger en France. Notre savoir-faire technique, notre agilité et notre outil de production nous donnent des atouts solides. Je pense qu’on a tout pour réussir la prochaine étape. »
Geneviève Colonna d’Istria









