
Quentin Sicard a sorti quatre whiskies made in Auvergne haut-de-gamme de sa Distillerie Volcanique à Brassac-les-Mines (© Geneviève Colonna d’Istria)
Il faut rouler jusqu’aux pieds du Cézallier, là où les volcans arrondissent l’horizon, pour découvrir une expérience inédite dans le Puy-de-Dôme. Au cœur de l’Auvergne, à Brassac-les-Mines, Quentin Sicard fabrique un whisky façonné par l’eau volcanique et courtisé par les plus grands chefs. « On me l’a dit quinze fois : “Quentin, du whisky dans le Puy-de-Dôme ? Tu es fou.” Eh bien oui, peut-être. Mais c’est une folie assumée », sourit le fondateur de la Distillerie Volcanique.
L’ingénieur agronome et œnologue originaire du cru a passé quinze ans à voyager dans les vignobles et les distilleries de France et d’ailleurs avant ce retour aux sources. « Je suis né ici. Je voulais revenir en local, recréer quelque chose qui avait disparu. » Le projet germe en 2017, les premières gouttes sortent en 2021. Et en novembre dernier, lors du salon Origine Auvergne, il dévoile quatre whiskies d’exception – numérotés et lauréats des Sommets du terroir 2025.
L’eau volcanique, la signature
Pourquoi ici ? La réponse coule de source. « Pour faire du whisky, l’ingrédient n°1, c’est l’eau. Et il faut une eau extrêmement peu minéralisée. Ici, elle sort du robinet comme un trésor. Aucun besoin d’usines de déminéralisation comme en Charente. » Cette eau filtrée naturellement par les roches volcaniques – les fameuses scories – offre rondeur et précision aromatique.
Le reste se joue dans l’atelier : malt français concassé à la main, fermentation au millimètre, distillation lente à flamme nue dans un alambic en cuivre façonné par un Meilleur Ouvrier de France. « Zéro automatisation ! », souligne Quentin.
« On sort 1000 bouteilles »
Les quatre premiers whiskies portent des noms en patois : Bosc, Aur, Clar, Roge. 250 bouteilles chacun. Pas une de plus. « Quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus. On ne fabriquera jamais industriellement. Chaque série est unique. »
Ces flacons peuvent atteindre 90 € pièce. Un prix que le fondateur assume sans détour : « Créer du whisky français artisanal est économiquement presque impossible. On sort 1 000 bouteilles en quatre ans. Mais c’est le prix de l’honnêteté. Ici, tout est fait artisanalement avec les meilleurs produits. »
Des tables étoilées aux vallées auvergnates
Le bouche-à-oreille fait le reste. Les chefs, eux, ont flairé la pépite. Parmi les premiers partenaires : Rémy Laroque, chef de l’Impulsif à Châtel-Guyon, et les Maisons Marcon, temple gastronomique de la Haute-Loire. « Quand un chef 3 étoiles met votre whisky ou votre liqueur dans un accord mets–spiritueux, c’est une très belle reconnaissance de notre travail. Ça fait venir le public jusqu’ici, à Brassac-les-Mines. »
Pour sortir de telles pépites, pas de secret, il faut s’investir. Quentin a convaincu sa femme de le rejoindre dans l’aventure, même si ce n’est pas toujours facile. « On travaille sept jours sur sept depuis cinq ans. Mais le projet tient debout parce que les gens y croient. »
Et maintenant ?
La prochaine étape pourrait être agricole : planter de l’orge à whisky en Auvergne. Une filière encore inexistante. « On travaille avec la chambre d’agriculture et des agriculteurs partenaires. Le rêve, c’est de produire du tout local : eau, céréale, main-d’œuvre. Alors là, ce serait un whisky réellement 100 % volcanique. » Dans deux ans, une nouvelle génération de fûts – déjà en sommeil – sortira après six ans d’âge. Peut-être moins de 100 bouteilles. Toujours aussi rares.
L’Auvergne connue dans le monde entier pour son eau, pourrait peut-être devenir aussi célèbre un jour pour son whisky.
Geneviève Colonna d’Istria









