
Sur le site de Constellium à Issoire, 40 millions d’euros d’investissements et un projet inédit de recyclage des avions ouvrent la voie à une nouvelle ère industrielle, plus circulaire et plus sobre en carbone (Photo/GCI)
À Issoire, le gigantesque site de Constellium s’affirme comme l’un des piliers industriels de l’Auvergne, mais aussi comme un laboratoire à ciel ouvert de la décarbonation dans l’aéronautique. Avec ses 1 600 salariés, l’usine spécialisée dans la production de tôles d’aluminium pour l’aérien, le spatial et la défense incarne une mutation profonde du modèle productif.
« Notre enjeu est de produire mieux tout en réduisant notre dépendance à la matière primaire », résume Renaud Hugues, directeur du site. Une stratégie qui repose sur des investissements massifs, à hauteur de 40 millions d’euros, engagés pour moderniser les équipements, notamment les fours de fonderie. À la clé : jusqu’à 30 % de consommation de gaz en moins sur les installations rénovées.
Un aluminium circulaire
Au cœur de cette transformation, un levier majeur : le recyclage de l’aluminium. Constellium a déjà structuré des boucles fermées avec des industriels majeurs comme Airbus et Dassault Aviation, afin de récupérer les chutes issues de la transformation des pièces.
« Recycler l’aluminium consomme jusqu’à 95 % d’énergie en moins qu’une production primaire. Ce différentiel colossal change la donne pour toute la chaîne de valeur. C’est un levier immédiat et concret pour réduire l’empreinte carbone », insiste la direction.
Une révolution en cours
L’ambition franchit aujourd’hui un cap avec un projet inédit : recycler les avions en fin de vie. En partenariat avec Airbus et Tarmac Aerosave, Constellium travaille à la mise en place de filières complètes de démantèlement et de valorisation.
« Un avion, ce sont des milliers de pièces et des dizaines de matériaux différents. L’enjeu est donc de trier, séparer puis refondre les composants pour récupérer un aluminium réutilisable », poursuit Renaud Hugues. Une prouesse technique qui pourrait transformer des appareils hors service en véritables gisements de matières premières.
« L’objectif est de boucler la boucle : produire, utiliser, puis réutiliser sans repartir de zéro. » À terme, un avion pourrait ainsi fournir plusieurs tonnes d’aluminium recyclé sous forme de lingots, réinjectés dans la fabrication de nouveaux aéronefs.
Si le projet reste encore au stade de prototype, les premières avancées sont déjà significatives. Constellium pourrait, dans un avenir proche, produire des tonnes d’aluminium recyclé et devenir l’un des grands précurseurs mondiaux en la matière.
Geneviève Colonna d’Istria









