
Dans l’ancienne usine Michelin de Cataroux, à Clermont-Ferrand, la start-up Capillum, créée par Clément Baldellou (à gauche sur la photo) et James Taylor, transforme un déchet universel en une filière écologique inédite, avec une ambition industrielle bien ancrée en Auvergne (© Geneviève Colonna d’Istria).
Des doudounes rembourrées… en cheveux. L’idée peut faire sourire, elle est pourtant très sérieuse. Chez Capillum, on ne plaisante pas avec l’innovation. Dernière-née de leur laboratoire, cette pièce textile 100 % made in France, innovation unique au monde, s’appuie sur une évidence scientifique : le cheveu présente des vertus inégalées. « On s’est rendu compte que ses propriétés se rapprochaient beaucoup de la laine », explique Clément Baldellou, cofondateur. De quoi ouvrir un nouveau terrain de jeu à cette jeune entreprise clermontoise qui n’a jamais cessé d’explorer les possibles.
Le projet est encore en phase de test, avec une campagne de précommandes pour valider le marché. Objectif : atteindre un seuil critique pour lancer la production à plus grande échelle, en circuit court, avec des partenaires situés à moins d’une heure de Clermont-Ferrand. « C’est le marché qui va tirer la filière », insistent les entrepreneurs. Une logique pragmatique, fidèle à l’ADN de Capillum.
Le succès des tapis de paillage
Mais avant d’habiller les Français, Capillum a d’abord enraciné son modèle dans la terre. Littéralement. Son produit phare ? Les tapis de paillage en cheveux recyclés, vendus dans toutes les grandes enseignes de jardinage. Une innovation aussi simple qu’efficace : posées au pied des arbres, ces dalles biodégradables remplacent le plastique et protègent les plantations, tout en ayant un effet dissuasif naturel contre le gibier.
Le succès est au rendez-vous. « Plus d’un demi-million de dalles ont déjà été écoulées, soit autant d’arbres accompagnés dans leur croissance », comptabilise Capillum. Une traction forte, notamment dans les projets de reforestation et d’agriculture durable. « C’est là qu’on a trouvé notre rentabilité », reconnaît le dirigeant. Une base solide pour envisager d’autres débouchés.

La première doudoune au monde rembourrée avec des cheveux recyclés (©GCI)
Car le cheveu est une matière abondante. Chaque jour, un million de Français passent chez le coiffeur. Résultat : 4 000 tonnes de cheveux sont jetées chaque année. Un gisement que Capillum a décidé de valoriser dès sa création en 2019. À l’époque, l’aventure démarre sur les bancs de la Clermont School of Business. « C’était un projet incubé à l’école qui est devenu un projet de vie », se souvient Clément Baldellou, qui cofonde l’entreprise avec son ami et associé James Taylor.
15 à 20 tonnes de cheveux par mois
Depuis, la jeune pousse a structuré toute une filière. Plus de 6 000 salons de coiffure partenaires collectent les cheveux à travers la France, mais aussi en Belgique et au Luxembourg. Chaque mois, entre 15 et 20 tonnes arrivent dans leur usine clermontoise, installée dans l’ancienne usine Michelin de Cataroux, un lieu hautement symbolique. « Pour nous, c’est fort de s’inscrire dans cet héritage industriel local », confient les deux fondateurs.
Aujourd’hui, Capillum, c’est une vingtaine de salariés et plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une croissance remarquée, jusque sur les écrans : un long reportage diffusé sur TF1 a récemment mis en lumière leur démarche.
Mais au-delà des chiffres, c’est une vision qui guide l’entreprise : faire des déchets d’aujourd’hui les ressources du futur. Une promesse d’économie circulaire, incarnée sur le terrain auvergnat. Et demain, peut-être, dans le quotidien de tous les Français.
Geneviève Colonna d’Istria









