
Depuis Arpajon-sur-Cère, l’entreprise familiale Matière décroche un contrat stratégique de 60 millions d’euros avec RTE et confirme le savoir-faire industriel auvergnat à l’échelle mondiale. (Photo-montage © Nimos Design)
Dans le Cantal, certains champions avancent sans tapage. Pas de grandes campagnes de communication, peu de coups d’éclat médiatiques. Pourtant, à Arpajon-sur-Cère, près d’Aurillac, l’entreprise Matière est en train de prendre une place majeure dans l’un des plus grands chantiers industriels français des prochaines décennies : la modernisation du réseau électrique national.
Le spécialiste des ouvrages d’art en acier et béton va fabriquer 1.000 pylônes électriques nouvelle génération pour RTE, dans le cadre d’un marché colossal de 60 millions d’euros remporté en 2023. Un contrat stratégique, presque symbolique, qui propulse cette entreprise cantalienne au cœur du grand plan d’électrification du pays.
« Trouver de nouveaux débouchés »
Ces nouveaux pylônes 400.000 volts n’ont plus grand-chose à voir avec les silhouettes métalliques qui quadrillent aujourd’hui les campagnes françaises. Pensés avec l’agence de design Nimos, ils affichent des lignes plus douces, une meilleure intégration paysagère et surtout une conception beaucoup plus durable. Leur durée de vie annoncée atteint 100 ans.
Leur secret ? Une structure hybride mêlant béton bas carbone recyclable et acier recyclé à 80 %. Le mât tubulaire en béton sera préfabriqué dans le Cantal tandis que les parties métalliques sortiront des ateliers lotois du groupe.
« Ce marché traduit les efforts permanents que nous menons en recherche et développement. On essaie toujours de trouver de nouvelles activités et de nouveaux débouchés », explique Philippe Matière, dirigeant de cette société familiale fondée en 1932.
480 salariés et 170 millions d’euros de chiffre d’affaires
« Nous sommes à l’aube d’une grande bascule. Celle qui nous emmène vers un modèle plus vertueux, plus sobre, plus résilient. Passer des énergies fossiles à une électricité décarbonée, c’est réinventer notre rapport à l’énergie, à la nature, à la société », assure Régis Boigegrain, membre du Directoire de RTE et directeur général du pôle Gestion de l’Infrastructure.
Grâce à cette nouvelle génération de pylônes, RTE promet une meilleure insertion paysagère et une réduction significative de l’impact environnemental dont 32 % d’artificialisation des sols en moins, 5 % de réduction de l’emprise des tranchées forestières et une baisse estimée de 28 % des émissions carbone sur l’ensemble du cycle de vie.
Mais derrière ce contrat spectaculaire, Matière confirme surtout sa capacité à se diversifier sans perdre son ADN industriel.
Leader français des ponts métalliques modulaires, le groupe réalise plus de 80 % de son chiffre d’affaires à l’export et intervient en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Asie. L’entreprise affiche aujourd’hui près de 170 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 480 salariés répartis sur sept sites de production. Aujourd’hui, l’entreprise familiale est dirigée par les 3e et 4e générations de la famille Matière.
Des ponts pour l’Ukraine
En 2024, Matière a également fabriqué cinq ponts métalliques destinés à l’Ukraine afin de rétablir des axes stratégiques détruits par la guerre. Une illustration supplémentaire de cette excellence industrielle discrète qui fait la réputation du groupe bien au-delà de l’Auvergne.
Et l’innovation continue. Les équipes R&D développent actuellement un pont flottant motorisé en acier, destiné à l’armée et à la sécurité civile, capable d’être déployé en un temps record. Les essais sont prévus cet été à Saint-Nazaire et sur le lac de Sarrans.
Après des années économiquement plus tendues à la sortie du Covid, l’horizon semble à nouveau dégagé. « On vient d’engranger de très belles affaires, y compris en France. On ne boude pas notre plaisir », confie Philippe Matière.
Depuis le Cantal, cette pépite auvergnate demeure solide comme l’acier qu’elle façonne.
Geneviève Colonna d’Istria









