
Les 12 et 13 avril, Montmarault (Allier) accueillera l’Assemblée Générale nationale de l’Union de la sommellerie française (UDSF). À l’initiative de Romain Landrieve, maître sommelier et président de la délégation Auvergne, l’événement mettra en lumière le dynamisme du vignoble auvergnat (Photo : DR)
NewsAuvergne : Montmarault va devenir, le temps d’un week-end, la capitale de la sommellerie française. Que représente cette Assemblée Générale nationale ?
Romain Landrieve : C’est un rendez-vous majeur pour notre profession. Nous accueillons plus de 25 régions de France, y compris l’Outre-mer avec La Réunion, la Guadeloupe ou encore Saint-Martin, ainsi que la Corse. Au total, environ 150 sommeliers seront présents, sans compter les acteurs du monde de la restauration, des chefs étoilés et des professionnels du vin. Sur le dîner de gala, nous attendons entre 230 et 250 personnes.
Comment va se dérouler cet événement ?
Pendant deux jours, nous allons tenir notre assemblée générale, travailler sur les orientations de la profession et procéder notamment à l’élection du président national. Mais au-delà de l’aspect institutionnel, c’est aussi un moment de partage et de découverte. Nous avons souhaité en faire une vitrine du territoire, avec une forte mise en avant des produits auvergnats.
Pourquoi avoir choisi l’Auvergne cette année ?
Chaque année, l’assemblée générale change de région. Le fait qu’elle se tienne ici est une vraie opportunité. Ce n’est pas un événement que j’organise pour moi, mais pour mettre en lumière nos vignerons. Ceux de Saint-Pourçain, des Côtes d’Auvergne, mais aussi de la Haute-Loire et du Cantal. Nous avons également associé les filières locales, comme les brasseries artisanales. L’idée, c’est vraiment de valoriser tout un écosystème.
À quoi sert concrètement cette Assemblée Générale pour la profession ?
Elle permet de structurer notre métier à l’échelle nationale. On y définit les grandes orientations, on organise des concours comme celui du Meilleur sommelier de France ou du Meilleur apprenti. C’est aussi un moment clé pour faire avancer la sommellerie, promouvoir notre savoir-faire et renforcer les liens entre les professionnels.
Une profession en quête de vocations
La profession fait face à plusieurs défis aujourd’hui. Le recrutement en fait partie ?
Oui, clairement. Comme dans toute la restauration, nous manquons de main-d’œuvre. Nous intervenons régulièrement dans les lycées hôteliers pour faire connaître le métier et susciter des vocations. C’est un métier passion, mais encore faut-il le faire découvrir.
La féminisation est aussi en marche…
Oui, et c’est une très bonne évolution. Aujourd’hui, on compte environ un tiers de femmes dans la profession, peut-être même davantage. Elles apportent une sensibilité différente, et surtout elles prennent de plus en plus de responsabilités, y compris à la tête d’associations. C’est une richesse pour la sommellerie.
Combien de sommeliers compte l’Auvergne ?
Nous avons une cinquantaine d’adhérents dans la délégation Auvergne, mais en réalité, ils sont sans doute deux fois plus sur le territoire. Et si l’on élargit à toute la région Auvergne-Rhône-Alpes, on atteint plusieurs centaines de professionnels.
Le vignoble auvergnat en pleine transformation
Justement, vous évoquez les produits locaux. Où en est aujourd’hui le vignoble auvergnat ?
Il a énormément évolué. Pendant longtemps, les vins d’Auvergne ont souffert d’une image un peu datée. Mais depuis 20 à 25 ans, il y a eu un vrai travail de fond. Les vignerons se sont formés, certains sont partis à l’étranger, et ils sont revenus avec de nouvelles techniques.
On observe aussi un renouvellement des générations ?
Oui, une nouvelle génération est en train de s’imposer, notamment à Saint-Pourçain. Des vignerons plus jeunes, très impliqués, qui modernisent les pratiques tout en conservant le savoir-faire des anciens. C’est une transition très intéressante.
Le changement climatique joue-t-il un rôle dans cette évolution ?
Oui, forcément. Aujourd’hui, la maturité du raisin est plus facile à atteindre, ce qui peut être un atout pour la qualité. Mais il y a aussi des contraintes, comme les gels tardifs qui peuvent être très pénalisants. Il va falloir s’adapter, peut-être en travaillant sur de nouveaux cépages ou de nouvelles pratiques.
« Un métier profondément humain »
Quelles sont les perspectives pour les vins d’Auvergne ?
Elles sont très positives. La qualité est déjà là, et la reconnaissance progresse. Des événements comme cette assemblée générale permettent justement de faire découvrir nos vins à des professionnels venus de toute la France. L’objectif, c’est qu’ils deviennent ensuite des ambassadeurs du vignoble auvergnat.
Peut-on dire que la sommellerie est un métier d’avenir ?
Oui, sans hésiter. Il y a un réel besoin de sommeliers aujourd’hui. Et contrairement à d’autres métiers, le nôtre repose sur l’humain, le conseil, le partage. C’est quelque chose que l’intelligence artificielle ne pourra pas remplacer !
Propos recueillis par Geneviève Colonna d’Istria









